Nouvelle policière
Décidément, Adrien ne comprenait plus rien. Après cinq ans d'un mariage plutôt raté, où chacun vivait de son côté, voilà que depuis quelques temps, sa femme se montrait amoureuse, prévenante, douce, autant de qualificatifs qu'il eût été impossible de lui attribuer jusqu'au mois dernier.
Au bureau, ses collègues, après s'en être étonnés, l'enviaient désormais.
- Tu vois, lui dit un jour Bernard à qui il se confiait régulièrement, il ne faut jamais désespérer.
C'était devenu une habitude, Marie, sa toute nouvellement tendre épouse venait le chercher au bureau pour un dîner au restaurant, une séance au cinéma ou une pièce de théâtre, elle ne manquait pas d'imagination pour ces soirées.
Il n'avait plus, à 18 heures, à se demander où il emmènerait Sophie, sa secrétaire et maîtresse depuis un an. Marie savait qu'il avait une liaison avec elle comme il savait, lui aussi, qu'il était trompé mais il n'avait jamais pu savoir avec qui. Après tout, était-ce important ?
Il en était là plongé, dans ses pensées, quand Sophie fit irruption dans son bureau. Sans se soucier du scandale, elle se mit à lui reprocher de ne plus le voir le soir, et son manque de courage face à sa femme. Pourquoi ne lui disait-il pas qu'il en aimait une autre ? Pourquoi continuait-il à jouer le jeu de Marie ?
Il aurait voulu la rassurer, la calmer, mais il en était incapable car à ses "pourquoi", il n'avait aucune réponse.
Il ne savait pas lui-même.
Il y a deux ans, il avait parlé divorce, mais Marie n'avait rien voulu entendre. Elle se trouvait bien ainsi. La vie qu'elle menait lui plaisait. Côté matériel, évidemment, elle n'avait pas à se plaindre. En dehors du confortable salaire d'architecte d'Adrien, il avait fait un très confortable héritage quand ses parents s'étaient tués dans un accident de voiture.
Ils vivaient très à l'aise et Marie ne se privait de rien.
Les vociférations de Sophie le ramenèrent à la réalité. Elle l'insultait maintenant, hors d'elle, lui reprochant de jouer avec elle et avec ses sentiments. Devant son manque de réaction, elle capitula. Le bruit d'une porte qui claque fit l'effet d'une gifle à Adrien.
Il aimait Sophie, il en était sûr. Il devait vraiment avoir une explication avec Marie. Cette situation n'avait que trop duré.
Il était dix huit heures et Marie n'était pas arrivée. Enfin une soirée tranquille ou Marie lui réservait-elle encore une surprise dont elle avait le secret.
Où cela les mènerait-il ? Il était clair que la rupture était la seule issue, il devait entendre raison à Marie et la partie n'était pas gagnée.
Dix huit heures 15, Marie s'était peut-être lassée de son jeu devant le manque d'enthousiasme qu'affichait Adrien durant ces soirées.
Il avait pourtant aimé passionnément sa femme au début de leur idylle. Leur rencontre était encore un souvenir très présent dans sa mémoire. Ce soir-là, il était allé au restaurant avec son collègue Bernard, ensuite ils avaient décidé d'aller prendre un verre dans une boîte toute proche. Bernard lui avait proposé cette sortie entre célibataires après une journée particulièrement difficile au bureau.
Bernard était nouveau dans l'entreprise, embauché depuis une quinzaine de jours. Adrien l'avait immédiatement trouvé très sympathique et leur relation était rapidement devenue amicale.
Alors qu'ils sirotaient tranquillement leurs verres au bar, une très jolie jeune femme s'était installée prés d'eux en leur adressant un timide bonsoir. Adrien et Bernard se regardèrent, la même idée leur avait traversé l'esprit, la soirée allait peut-être durer plus longtemps que prévu. Ils avaient tous deux l'habitude de ces amours d'un soir, ils étaient célibataires alors rien ne les empêchait d'en profiter.
Bernard lui avait gentiment demandé ce qu'elle voulait boire, le trouble qu'elle montra fit comprendre aux deux hommes qu'elle n'était peut-être la fille en quête d'aventure comme ils l'avaient cru. Malgré sa gêne, elle accepta et le trio commença à discuter de la pluie et du beau temps. Ils s'aperçurent rapidement qu'effectivement ils s'étaient bien trompés sur son compte. Elle s'appelait Marie, elle était timide et parfois on pouvait deviner un peu de naïveté chez elle. Insensiblement Adrien était tombé sous le charme, tout comme Bernard apparemment à voir son air béat quand il la regardait et Adrien n'avait pas manqué de le remarquer. Mais curieusement, Marie semblait ignorer totalement Bernard, malgré tout, elle lui répondait poliment quand il lui parlait et répondait gentiment à ses questions.
Adrien était captivé par Marie et il ne la quittait pas des yeux et se rendit très vite compte qu'elle faisait de même avec lui.
Leurs regards se croisaient sans cesse. Il en était très troublé, lui le dragueur professionnel. Jamais jusqu'à présent, une femme ne lui avait fait un tel effet. Les occasions ne lui avaient pas manqué pourtant et qui plus est, il était un très beau parti.
Il eut une pensée émue pour ses parents et pour sa mère en particulier qui lui parlaient sans cesse des petits-enfants qu'elle attendait avec impatience. Il chassa cette triste mais tendre pensée.
Il avait revu Marie régulièrement et six mois plus tard, ils étaient mariés. Le mariage fut des plus simples, Adrien et Marie n'avait plus de famille. Bernard fut le témoin d'Adrien et Nathalie celui de Marie. Elle l'avait présentée à Adrien comme une amie.
Depuis le mariage, Adrien ne l'avait jamais revue. Sans doute faisait-elle partie de la bande avec laquelle Marie sortait si souvent depuis deux ans.
Adrien n'en connaissait aucun et cela ne l'intéressait pas de toute façon.
Ils partirent une semaine en voyage de noces sous le soleil de Martinique et à leur retour s'installèrent chez Adrien dans la maison de famille où il avait grandi.
La maison était grande pour lui seul aussi, durant son célibat, il louait un studio à côté de son bureau, mais tous les week-ends, il y revenait. Il aimait sa maison, perdue en pleine campagne et chargée de souvenirs.
Marie s'y plaisait au début, elle avait fait quelques modifications avec l'accord d'Adrien. Elle s'occupait avec soin du jardin, ce qui avait tout de suite plu à Adrien car avec lui l'avait un peu laissé à l'abandon, tondre le gazon était la seule attention qu'il lui avait régulièrement portée.
Comme ils s'aimaient à cette époque !!!! Combien de temps cela avait-il duré avant que Marie commence à s'absenter ?
Quelques soirs au début, puis tous les soirs, ensuite ce fut des week-ends entiers. Elle était même partie deux ou trois fois en vacances sans lui.
Adrien ne pouvait pas toujours se libérer avec son travail et quand il aurait pu, Marie n'en avait pas envie.
Bien sûr, il n'avait pas accepté les absences de Marie au début. Il y avait eu des cris, des scènes et un jour, fatigué, il avait baissé les bras.
Il préférait encore la voir sortir que passer une soirée à se disputer.
Souvent, elle était déjà partie quand il rentrait.
La sonnerie du téléphone le tira brutalement de sa rêverie. Sa montre indiquait 18 h 30.
-Allo, Adrien ? Excuse-moi mon chéri, en venant te chercher, j'ai rencontré une copine que je n'avais pas vue depuis des années. On a papoté et je me suis mise en retard, je serai au bureau dans 15 minutes.
-Je t'attends, s'entendit-il répondre, comme si sa voix venait d'ailleurs.
A peine avait-il raccroché qu'il repartit dans ses pensées.
Il n'en pouvait plus, il fallait qu'il lui parle. Elle devait accepter le divorce de gré ou de force. Leur vie commune n'avait aucun sens. Il pensa à Sophie comme il serait bon de vivre avec elle.
Il s'était installé dans cette double vie. Durant les heures passées avec Sophie, il arrivait à oublier tout le reste.
Mais une question restait sans réponse : qu'est ce qui avait motivé le changement d'attitude de Marie envers lui ?
Pourquoi un tel revirement du jour au lendemain ? S'était-elle lassée de ses frasques ? L'aimait-elle encore malgré les aventures qu'il lui attribuait ?
Il n'en pouvait plus de retourner toutes ces questions dans sa tête ? Des questions mais pas de réponses !!
Ce soir il lui parlerait, il était décidé à en finir. Sophie avait raison, il était lâche devant Marie, il n'avait que trop attendu.
Entendant le bruit de la porte, il se ressaisit rapidement.
Marie fit irruption dans le bureau, un grand sourire sur les lèvres. Il devait bien reconnaître qu'elle était toujours aussi belle, aussi belle qu'à leur première rencontre. Il fut troublé pendant quelques secondes, mais il ne ressentait plus rien pour Marie, les sentiments avaient disparu petit à petit au gré des sorties nocturnes de Marie.
- Excuse moi Adrien, j'espère que tu n'as pas trouvé le temps trop long, lui dit-elle charmeuse au possible.
En s'efforçant de paraître naturel, il lui répondit qu'il en avait profité pour terminer un travail urgent.
J'ai réservé une table dans un tout nouveau restaurant dont on m'a dit le plus grand bien, dit Marie d'une voix enjouée.
- Je n'ai pas envie de sortir ce soir, rétorqua Adrien , ne faisant aucun effort pour dissimuler sa contrariété. Je suis crevée ce soir et....
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase.
- Non, c'est hors de question!! J'ai eu toutes les peines du monde pour obtenir une table.
Adrien sentit qu'il allait céder, il ne se sentait pas la force de lutter contre Marie.
- D'accord, lui répondit-il, mais demain pas de sorties, pas de restaurants.
- Comme tu veux mon chéri, demain petit dîner aux chandelles, je te préparerai un repas que tu n'es pas prêt d'oublier.
Marie glissa son bras sous celui de Adrien et ils se dirigèrent vers le parking. Chacun ayant sa voiture, Marie avait dit à Adrien qu'il n'avait qu'à la suivre.
Il la suivit donc dans la circulation dense de cette heure de pointe. En arrivant à un feu qui passait à l'orange, au lieu de ralentir pour ne pas semer Adrien, Marie accéléra et traversa le carrefour. Adrien fut bien obligé de s'arrêter le feu étant passer au rouge, lorsqu'il redémarra et après avoir roulé sur une centaine de mètres, il dut se rendre à l'évidence, Marie avait disparu au lieu de l'attendre comme il le pensait.
Il se gara sur le premier emplacement libre qu'il trouva pour réfléchir.
Pourquoi Marie ne l'avait pas attendu ? Décidément, il comprenait de moins en moins l'attitude de sa femme.
Ca n'avait pas de sens.
Il pensa subitement à Sophie, à sa colère de ce soir. Elle avait raison de lui en vouloir, elle avait eu beaucoup de patience avec lui depuis un an que leur liaison avait commencé et il lui en demandait toujours plus.
Ce n'était pas la peine de rentrer à la maison, il ne comprenait pas pourquoi Marie l'avait semé mais ce n'était sûrement pas pour rentrer.
Il remit la voiture en marche et s'infiltra dans la circulation et prit la direction du domicile de Sophie.
Il trouva une place devant le petit immeuble mais, déçu il constata qu'aucune lumière n'était allumée chez sa maîtresse.
Il jeta un coup d'oeil sur l'horloge du tableau de bord, à peine 19 heures, il pensa qu'elle avait dû aller faire des courses.
Il gravit alertement les deux étages, tout heureux de se réconcilier avec Sophie et de trouver un peu de calme.
Il était sûr que Sophie lui pardonnerait quand il lui annoncerait la décision qu'il avait prise de parler à Marie et d'obtenir le divorce.
Par habitude, il sonna tout en sortant de sa poche la clé que Sophie lui avait donnée. L'appartement était plongé dans l'obscurité, il appuya sur l'interrupteur et après un coup d'oeil dans la chambre constata qu'effectivement Sophie n'était pas rentrée.
Il s'installa dans un fauteuil et réfléchit, essaya d'imaginer comment allait se passer la discussion avec Marie.
Adrien mit quelques secondes à réaliser qu'il s'était endormi. Il était 23 h 10 , mais où était Sophie , elle ne sortait jamais le soir.
Le manque de réaction d'Adrien devant sa colère dans la bureau avait dû la laisser désemparée, elle s'était sûrement sentie abandonnée.
Peut-être était-elle allait se changer les idées, elle n'allait pas tarder à rentrer.
Il n'avait pas envie de rentrer chez lui, les 50 Kms à parcourir lui apparaissaient comme une épreuve insurmontable, il était fatigué.
Pourquoi rentrer, se retrouver face à Marie qui allait lui donner une explication que de toute façon, il ne croirait pas ?
En supposant qu'elle soit rentrée et rien n'était moins sûr.
Il allait attendre Sophie et passerait la nuit avec elle. Il se leva et se dirigea vers la chambre, il se déshabilla et se mit au lit avec un livre. Sophie aurait une telle surprise que les mots seront peut-être inutiles.
La lumière du jour pénétrant dans la chambre tira doucement Adrien du sommeil, prenant brutalement conscience de la réalité,il était chez Sophie, il se leva, courut à la cuisine, à la salle de bains, les évènements de la veille se bousculaient dans sa tête, mais ce qui l'inquiétait le plus, c'était l'absence de Sophie, elle n'était pas rentrée de la nuit et cela ne lui ressemblait pas.
Pas de panique, se dit il, elle avait dû aller dormir chez une copine, dans l'état où elle était la veille, elle avait sûrement chercher du réconfort et de la compagnie.Elle ne pouvait pas savoir que Adrien l'attendait chez elle.Il mit la cafetière en marche et en attendant alla prendre une douche. Il se rendit dans la chambre de Sophie où il savait qu'il allait trouver des vêtements propres qu'il laissait toujours en dépannage.
Après avoir bu son café, il s'aperçut qu'il était l'heure de se rendre au bureau. Sophie serait là fidèle au poste comme tous les matins. Il lui faudra toutefois attendre pour avoir une discussion avec elle, car si leur liaison était connue par tous, la scène de la veille avait quand même fait son petit effet.
Lorsqu'il arriva, il constata rapidement que Sophie n'était pas là, sûrement un petit retard bien que ça ne ressemble pas du tout à Sophie qui est la ponctualité personnifiée. La matinée s'étira en longueur, Sophie n'était toujours pas arrivée. Adrien était de plus en plus inquiet.
A midi, il sortit déjeuner avec Bernard à qui il confia son inquiétude croissante.
- Ne t'en fais pas, lui dit Bernard, après la scène qu'elle t'a faite hier soir, elle a dû vouloir se venger et si tu t'inquiètes c'est certainement ce à quoi elle voulait parvenir en disparaissant. Elle va te laisser mariner un peu et elle reviendra.
-Tu as sûrement raison, répondit Adrien plus pour rassurer lui-même.
Ils regagnèrent le bureau. A 14 h 30, Julie la jeune fille de l'accueil vint le prévenir que deux inspecteurs de police désiraient lui parler.
Tout se bouscula dans sa tête en quelques secondes, il avait dû arriver quelque chose à Marie cette nuit, il pensa aussi à Sophie mais oublia très vite, , il n'était pas logique qu'il en soit avisé, c'est la famille qui est contactée dans ce cas-là.
Il n'eut pas le temps de réfléchir davantage, deux hommes pénétraient déjà dans son bureau.
- Mr Dumont Adrien ? lui demanda un des deux inspecteurs taillé comme un catcheur.
Il ne doit pas être prudent de le contrarier celui-là pensa Adrien en arrivant à sourire intérieurement.
- Oui, répondit Adrien qui se sentait de plus en plus mal à l'aise.
- Veuillez nous suivre sans faire d'histoires, vous êtes en état d'arrestation pour le meurtre de Melle Sophie Chatel.
Tous ses collègues avaient les yeux braqués sur lui, il était tétanisé, Bernard se précipita pensant que Adrien allait avoir un malaise mais il fut prestement repoussé par l'inspecteur catcheur.
Les deux policiers empoignèrent Adrien et lui passèrent les menottes et l'entraînèrent sans ménagement vers la sortie.
Adrien ne vit rien du trajet jusqu'au commissariat. C'était un cauchemar, il allait se réveiller.
Marchant tel un automate, il fut conduit dans un bureau où un jeune policier vint lui prendre ses empreintes et repartit sans rien dire aussitôt relayé par les deux inspecteurs.
- Mr Dumont, connaissez-vous Melle Sophie Chatel, cette fois c'était l'autre qui s'adressait à lui, il était petit mais bien taillé malgré tout il paraissait gringalet à côté de son collègue.
C'était bien un cauchemar, mais il était réveillé.
L'inspecteur réitéra sa question :
- Mr Dumont, pour la deuxième fois, connaissez-vous Melle Chatel ?
- oui, c'est ma secrétaire, parvint-il à articuler avec difficulté.
Il fallait qu'il se ressaisisse, qu'il comprenne.
- C'était votre secrétaire et elle était aussi votre maîtresse ?
- Que s'est-il passé ? Qu'est-il arrivé à Sophie ? demanda Adrien d'une voix suppliante.
- C'était bien votre maîtresse ? insista l'inspecteur .
- Oui, mais ce n'est un secret pour personne cria presque Adrien qui commençait à s'énerver, mais qu'est-ce qui s'est passé ? vous allez me le dire à la fin !!!
- Je vais vous le dire mais vous devez le savoir aussi bien que nous. Votre femme Mme Dumont Marie a appelé la police ce matin. En cueillant des fleurs dans le jardin, elle a aperçu prés de la clôture quelque chose qui lui a paru étrange. En s'approchant, elle a constaté que la terre à cet endroit avait été retournée récemment. La personne s'était bien arrangée pour tenter de tout camoufler mais comme elle nous a expliqué, c'est elle qui s'occupe du jardin donc elle est bien placée pour savoir qu'elle n'avait rien fait dans ce carré de terre. Très intriguée, elle a commencé à creuser jusqu'à ce qu'elle fasse une macabre découverte, elle a tout de suite prévenu la police bien que très bouleversée car elle avait reconnu votre secrétaire. Par la suite, elle nous a appris que vous aviez une liaison avec Melle Chatel et que vous vouliez y mettre fin. Mais Melle Chatel s'accrochait, elle ne voulait pas rompre, elle téléphonait chez vous le soir , le week-end pour vous supplier de la rejoindre.
- Mais c'est faux, cria Adrien, j'aimais Sophie !!
-Votre femme, reprit l'inspecteur, nous a un peu raconter votre histoire. Elle s'est rendu compte il y a quelques temps qu'elle vous faisait souffrir sans le vouloir mais elle avait eu envie et besoin de s'amuser, de sortir. Elle a donc décidé de vous reconquérir. Elle nous a dit, avec des larmes dans les yeux qu'elle avait réussi à regagner votre amour et que vous viviez une seconde lune de miel. Le seul point noir au tableau, c'était Sophie Chatel qui vous harcelait.
Adrien était abasourdi par tout ce qu'il venait d'entendre.
- Mais tout est faux, ce ne sont que des mensonges, hurla Adrien en se levant. Deux puissantes mains le firent retomber lourdement sur sa chaise.
- Mr Dumont, qu'avez-vous fait entre 19 h hier et 9 h ce matin ?
Alors, il raconta tout, du coup de fil de Marie à 18 h 15 jusqu'à son arrivée au bureau ce matin.
- Il n'y a qu'au sujet du coup de fil de votre femme sur lequel nous sommes d'accord mais pas sur la raison de cet appel, votre femme vous a appelé pour se décommander. Sur le chemin du bureau, elle a rencontré une amie avec qui elle a passé toute la soirée, nous l'avons interrogée et elle a confirmé les dires de votre épouse. Elles se sont rencontrées vers 18 h 15 et ont dîné ensemble après que votre femme vous ait téléphoné pour vous prévenir.
- Ma femme m'a appelé à 18 h 15 et à 18 h 30 elle est arrivée au bureau!!
- Mr Dumont, ne vous enferrez pas dans vos mensonges, l'occasion était trop belle, votre femme absente, vous avez emmené Sophie Chatel chez vous et là, vous vous en êtes débarrassé pour de bon. L'arme que vous avez utilisée et que vous avez enterrée avec elle nous révélera probablement vos seules empreintes. C'est un magnifique couteau que vous êtes seul à utiliser.
Adrien le voyait très bien ce couteau, c'était celui de son père, et il est vrai qu'il était seul s'en servir.
- Mais tout ça n'a pas de sens, su j'avais tué Sophie, aurais-je été assez bête pour l'enterrer dans mon jardin ?
- Ce n'est pas un argument, lui dit l'inspecteur, le temps vous était compté, vous aviez sûrement l'intention de déplacer le corps plus tard vu le peu de profondeur du trou.
Adrien ne savait plus quoi dire, tout se retournait contre lui.
- Nous sommes allés chez Melle Chatel, une voisine nous a déclaré qu'aux environs de 18 h 45 hier soir elle a vu Melle Chatel sortir avec l'homme qui lui rendait souvent visite. Votre femme nous a déclaré avoir été surprise de ne pas vous trouver en rentrant mais elle s'est finalement rassurée en pensant que comme elle ne rentrerait sûrement pas de bonne heure, vous aviez décidé de dormir dans votre studio.
Adrien ne répondit pas, il abandonnait, il voulait se reposer, il était à bout de force.
- Mr Dumont, vous êtes en garde à vue à partir de maintenant.
Adrien se laissa emmener sans protester, il avait son explication sur le changement de Marie, elle l'avait piégé en beauté.
Pourquoi avait-il attendu si longtemps avant de réagir?
Quelques jours plus tard, les inspecteurs se présentèrent chez Marie qui habitait toujours la maison d'Adrien, ils avaient besoin de renseignements complémentaires pour boucler leur dossier.
Dans le jardin, une fête battait son plein. Pris d'une intuition soudaine, il fit signe à son collègue de rester à l'abri des regards et écouta.
La voix de Marie leur parvint:
- A nous la belle vie et la fortune de ce nigaud d'Adrien!!!!
Elle s'arrêta net lorsqu'elle aperçut les deux inspecteurs s'avancer.
Deux autres personnes étaient présentes, à leur grande surprise les policiers avaient reconnu le très gentil collègue d'Adrien, Bernard, et la voisine qui avait témoigné avoir vu Sophie et Adrien sortir le fameux soir.
Ils furent très bavards au cours de l'interrogatoire.
Bernard avait vite compris que Adrien était un beau parti qui plus est il n'avait aucune famille. Marie, en réalité était sa soeur, ils avaient habilement tendu leurs filets autour d'Adrien. Nathalie était la maîtresse de Bernard et depuis quelques mois, elle avait loué l'appartement à côté de celui de Sophie car leur plan n'allait pas tarder à aboutir.
Ils avaient fait preuve d'une grande patience durant 5 ans pour tendre leur piège en douceur et ils se firent prendre pour en avoir manquer et avoir trop vite voulu fêter leur victoire.
Le lendemain, Adrien était dehors, il était atterré par tout ce qu'il venait d'apprendre.
Il se rendit sur la tombe de Sophie et là, il se mit à pleurer, elle avait payé le plus lourd tribut pour la cupidité de trois personnes sans scrupules quant à lui, il allait devoir se reconstruire mais le chemin sera long.
Pourrai-je jamais accorder à nouveau ma confiance à quelqu'un ? Encore une question à laquelle il allait devoir trouver une réponse. Il déposa un bouquet de roses sur la tombe et partit vers la nouvelle vie qui l'attendait.
